Rudra BejartEinblick in die Seminarbeit: "L’Ecole-Atelier Rudra-Béjart et phénomène religieux"

Inspiré par les religions du monde, Maurice Béjart (Marseille 1927 – Lausanne 2007) fonde à Lausanne en 1992 une école de danse portant le nom du dieu védique – terrible et destructeur – Rudra. Pendant deux ans, de jeunes artisans de la danse sont formés à diverses disciplines artistiques et travaillent de huit heures à dix-neuf heures dans les locaux du Béjart Ballet Lausanne.

L’Art de la danse, si nous l’approchons à travers ses évolutions historiques, représente une thématique fondamentale dans l’analyse du phénomène religieux. Le présent compte rendu vise à mettre en évidence les grandes lignes d’un travail de séminaire réalisé à l’université de Fribourg.

L’enquête menée porte sur une analyse de la sémantique religieuse apparaissant au sein même de l’école. Dans une approche somme toute classique, il s’agissait dans un premier temps de faire le compte-rendu des croyances et des rites relevés dans les activités de l’Ecole-Atelier Rudra Béjart. Evidemment, il est nécessaire de rappeler que c’est alors le chercheur en sociologie du phénomène religieux qui relève une empreinte « religieuse » sur des pratiques que les acteurs eux-mêmes n’envisagent pas forcément comme telles.

Une croyance fondamentale réactualise le souvenir du fondateur, de ce génie, de cette personne exceptionnelle qu’était Maurice Béjart. Depuis sa disparition, une sacralisation du personnage s’opère à travers des anecdotes que les plus âgés racontent aux plus jeunes. Ce sont bien la figure du créateur incréé et la notion de vocation qui sont reprises par l’ensemble de l’institution. Un créateur, cela ne se crée pas aime-t-on à répéter. Apparaît ici l’idée fondamentale du don inné, caractère d’une élection quasi divine. D’ailleurs, un élève – reprenant le calque du chercheur –  affirme qu’il a choisi la religion Béjart.

Il est aisé de relever un lexique propre à la lumière qualifiant les meilleurs danseurs. Même si la structure béjartienne rejette fondamentalement les hiérarchies entre interprètes, la terminologie française du danseur Etoile revient à l’esprit. Enfin, les croyances dans l’aptitude corporelle et la force mentale lors de l’exécution des pas sont primordiales. Dans les entretiens, la souffrance de l’endurance et de l’effort est transcendée grâce aux vocables de « Beauté », « Courage » et encore de « Transe ».

Comme l’affirme Michel Foucault (1984), « l’artiste doit mener une vie singulière consistant en un témoignage de ce qu’est l’art en sa vérité ». C’est à travers ce témoignage que se reflètent les rites – ou plutôt, dans le cadre de nos sociétés contemporaines, les épreuves – qui intéressent le chercheur. Il faut, à travers ces épreuves, louer les valeurs transmises par la danse. En réalité, l’élève est soumis à une pression sociale constante. La glace, orientant le danseur, est le lieu où se rejoignent certains regards pour juger l’autre. Outre une certaine souffrance psychologique, il faut évidemment relever des souffrances physiques. Ces dernières s’ancrent notamment dans le cadre d’une ascèse particulière visant une éthique de dépassement de soi constant ; formatant aussi bien le corps que l’esprit du danseur.

Nous avons rapidement présenté ici quelques croyances et quelques rites (ou épreuves) propres à l’Ecole-Atelier Rudra Béjart. Evidemment, ce genre d’études repose sur des approches dites « fonctionnalistes » en saisissant sous le terme « religion » des phénomènes qui ne se présentent pas comme tels » (Willaime 1995). Dès lors s’agit-il d’élargir la recherche en science des religions vers les domaines de la culture et d’y analyser les symboles, croyances et épreuves du quotidien pour y faire apparaître les reliquats et surtout les mutations de la religion dans nos sociétés contemporaines.


Foucault, Michel (2002): Le courage de la vérité, cours au Collège de France daté du 29.02.84, Paris: Presses Universitaires de France.

Willaime, Jean-Paul (1995): Sociologie de la religion, Paris: PUF.

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